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La séga thérapie de Tine Poppy


Deux ans après le chatoyant Bal Bazar, Tine Poppy revient sur scène avec Stand’up séga, un spectacle-concert. L’approche de café-chantant empruntée au music-hall demeure mais cette fois le texte touche à l’intime. Une dizaine de morceaux entrecoupés de confidences où plus que jamais l’humour se fait politesse du désespoir. Mais point de jérémiades inutiles, ici la catharsis se fait solaire, entraînante, vivifiante. On s’en voudrait de ne pas vous délivrer une ordonnance.

La séga thérapie de Tine Poppy

Il y a des moments comme ça, dans la vie où tout semble aller de travers, où l’univers entier semble conspirer contre vous. La perte d’un emploi, la voiture en rade et même le retour la kaz momon. C’est sur ce tourbillon pathétique que s’ouvre Stand’up séga. Sans se départir de son sourire, Tine Poppy pose le décor. Ce nouveau spectacle c’est une thérapie, une ode à la résilience.

De la résignation à la reconstruction en passant par la colère, toutes les étapes du deuil sont exorcisées avec la complicité de ses musiciens. Ils sont trois à l’accompagner sur scène. Le guitariste Rodolphe Céleste et le tromboniste Teddy Doris, qui assistent l’auteur compositeur-in- terprète depuis ses débuts ont été rejoint par le percussionniste Rwan Dalleau.

De cette association , émerge un univers musical éclectique et foisonnant, capable d’articuler sur un seul et même morceau - Mon séga - les sonorités de la bossa nova, du zouk et de la salsa. Le tout dans une mise en place réglée comme du papier à musique, où les renversements stylistiques semblent épouser une logique sous-jacente. Laquelle ? Celle du séga évidemment.

Une cadence emmenée par l'énergie du désespoir

Son empreinte est omniprésente, tantôt dans toute la rondeur du spectre sonore, tantôt en filigrane, comme ce moment où le trombone se substitue à la basse, et entonne une ligne fondamentale-tierce-quinte si chère à nos ségatiers lontan.

Un brin désuet, mais diablement efficace lorsque le clin d’oeil est fait avec subtilité. Car c’est un véritable tour de force que d’intégrer le souffle tubulaire des synthétiseurs des années 90 à une proposition musicale moderne et harmonieuse. Une créolité toujours assumée par Tine Poppy, qui ne chante que dans la langue populaire. Elle échappe au piège du foncier mélancolique et nous happe dans une cadence emmenée par l'énergie du désespoir : « Laisse l'orage kozé, roule roule roulé » nous dit-elle, comme une incantation au lâcher prise, le leitmotiv de sa thérapie.

Un hommage à Na Essayé

Les spectateurs de Bal’Bazar, retrouveront dans Stand’up séga, cette même folie qui pousse Tine Poppy à oser le mariage de styles, et l’imbrication des sources d’inspiration. On y soupçonne une scansion à la Rose Mary Standley, du groupe Moriarty, fervente admiratrice de notre musique traditionnelle, comme le laisse entendre sa charmante reprise de Séga Jacquot.

Philippe Lapotaire, du groupe Na éssayé apporte aussi sa pierre au panthéon musical de Tine Poppy. Un hommage appuyé lui est rendu, lorsque la chanteuse, féministe engagée, questionne dans un intermède : « Poukoué ti tape ton tantine ? »

En guise de réponse, Tine Poppy se lance dans un exercice qu’elle maitrise parfaitement : la fusion de tubes réunionnais avec des morceaux rendus au statut de standards de la pop. Après un ballon d’essai avec Freed from desire version Danyel Waro, elle assure avec brio la transposition de Girls just want to have fun dans l’univers du seggae.

Comme un écho, au morceau de Phillipe Lapotaire, à qui Tine Poppy ne manquera pas d’emprunter ses « Ouh yeah yeah yeah » caractéristiques. En revanche pour ce qui est de la danse, à l’équilibre précaire sur une seule jambe, la chanteuse n’a pas franchi le pas. Peut-être pour le prochain spectacle ?

Le magasin 80 sur la darse du port-ouest

Le lieu qu’a choisi Tine Poppy appartient quelque part, à son imaginaire. Un souvenir de son passé, qui a laissé place à une béance sur la darse du port ouest : le magasin 80. Un ancien dépôt de vrac, qui, au moment de la rénovation des docks, a été détruit. Pour s’en rappeler, Tine Poppy, n’a qu’à balader son regard sur le bâtiment voisin, l’entrepôt numéroté 70, lui, a eu plus de chance. Il lui suffit aussi de plonger dans ses souvenirs de lycéenne, à l’époque où elle n’était encore que Caroline Maillot, et qu’elle venait ici avec ses camarades « planer, manger un kébab ou un panini ».

La nostalgie dans la voix, elle relate le calme que lui inspire cette architecture industrielle, un endroit qui lui permet de se ressourcer.
Tine Poppy qui n’oublie pas de rendre hommage à sa ville natale, le Port, une marmite qui bouillonne de sa petite musique intérieure.

« Ici les gens mettent la musique super fort, on passe rapidement du seggae, au dancehall au zouk, c’est ce que j’appelle la sono portoise » ça s’accorde avec mon tempérament, sourit la jeune femme.

Et on la croit volontiers lorsqu’on entend au même moment , résonner depuis les quais le roulement d’un maloya. « Ou entend ? Na un rond maloya pas trop loin ! »

Chanteuse et styliste

À force de recevoir des compliments sur ces tenues de scène, Tine Poppy a fini par sauter le pas et lance sa propre ligne de vêtements.

A l’image de sa musique, ses créations sont pop et acidulés, elles sont visibles sur ses musiciens puisque la collection se décline au masculin. Des pièces uniques, 100% local, en vente à la fin de chaque concert.

Répétition de leur nouveau spectacle Stand'Up Séga à Léspas Leconte de Lisle Saint-Paul



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