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Spectacles

Le CDNOI, ce n’est pas que du théâtre !


Aussi étrange que cela puisse paraître, le Centre Dramatique National de l’océan Indien a des missions allant bien au-delà de la simple diffusion de pièces de théâtre. La vision et l’action artistiques du CDNOI dépassent ses murs et puisent leur force dans sa politique de maillage des cultures. Luc Rosello, directeur du CDNOI, nous livre son souhait pour cet espace si cher aux Réunionnais…

Qu’est-ce qui différencie le CDNOI des autres salles théâtres de l’île ?

Luc Rosello : « ‘Le Téat du Grand Marché’, comme beaucoup aiment le nommer, a cette particularité d’être labellisé « Centre Dramatique National de l’océan Indien ». Le mot « Dramatique » peut effrayer certains. La structure est certes, dédiée au théâtre mais, elle n’est pas uniquement un lieu de programmation et de diffusion de spectacles. C’est en ce sens que nous nous démarquons des autres salles de l’île. La diffusion ne représente qu’une seule petite partie de l’ensemble de nos missions découlant directement du label national délivré par le Ministère de la culture. En contrepartie, nous devons respecter un véritable cahier des charges culturel à objectifs multiples ».

Quelles sont alors vos missions en votre qualité de Centre Dramatique National ?

L. R. : « La diffusion n’est que la conséquence des autres missions que nous remplissons. En effet, nous avons une mission d’accompagnement des compagnies, nous les aidons de différentes façons : soit en mettant à leur disposition une logistique adaptée à leurs besoins, c’est d’ailleurs pour cette raison que « La Fabrik » a rejoint le Centre Dramatique. Cet espace situé en face de la Cité des Arts, est doté de studios de répétitions, d’ateliers de décors et de costumes, de salles de réunion ; un vrai lieu de « fabrication ». Sinon, nous accompagnons les compagnies en les coproduisant, nous ajoutons des sous à leur budget pour qu’elles puissent réaliser leur spectacle. Nous soutenons ainsi des compagnies réunionnaises mais aussi nationales car le centre doit avoir un rayonnement régional et national, une bonne façon d’établir des partenariats avec des projets venus d’ailleurs ! »

Comment ramener au théâtre les personnes les plus éloignées de la culture ?

L. R. : « L’obsession du théâtre est de favoriser la mixité sociale et générationnelle. L’idée est que nous soyons toujours en capacité de faire des propositions qui interpellent une grande partie de la population. Il ne suffit pas de faire des spectacles en créole à un euro pour ramener les gens au théâtre. Le problème n’est pas que linguistique ou économique, la barrière est souvent sociétale. Il faut comprendre que des gens ont des priorités qui ne relèvent pas du loisir ou de la culture mais plutôt d’ordre l’alimentaire. C’est à nous d’aller vers ces personnes éloignées de la culture. Ainsi, nous avons un projet de théâtre

Théâtre du Grand Marché - Centre National Dramatique de l'Océan Indien

© DR

itinérant appelé le « Mobil Téat ». Nous pourrions nous installer dans n’importe quel quartier pour aller à la rencontre de la population. Pour que la population s’intéresse à nous, il faut que nous nous intéressions à elle, il s’agit d’une relation humaine. Dans la manière de fabriquer du théâtre, il est important de prendre en compte ce qu’est l’autre. Il existe une culture populaire, beaucoup de gens ne vont pas au théâtre mais portent en eux des compétences culturelles extraordinaires. Il faut travailler à ce maillage de cultures. Le but ultime est que chacun s’approprie le théâtre à sa façon et s’y sente bien. »

La programmation coût- t-elle cher au théâtre ? À quoi avez-vous dû renoncer ?

L. R. : « À rien, même si la dimension économique joue indubitablement. Nous sommes sur une île, loin de l’Europe et si nous faisons venir une compagnie du Mozambique par exemple, les coûts deviennent rapidement astronomiques. Dans le choix des spectacles, nous travaillons donc en mutualisation avec d’autres lieux : Luc Donat, Le Séchoir, Les Bambous, La Cité des Arts… Nous sommes contents des choix établis car ils répondent aux objectifs visés dont celui de « met’ en ler » la production réunionnaise. À l’image de notre « Mouvman Téat » au cours duquel les compagnies vont pouvoir rejouer leur pièce et où de nouvelles créations vont être proposées. Une compagnie locale joue dix fois au maximum pendant que les nationales jouent leur pièce 150 fois. Puis, « Mouvman Téat » est un temps fort pour la création réunionnaise, régionale et ultra-marine puisque nous recevons un spectacle de Guyane et un autre de Martinique. Nos cultures sont si proches, il serait dommage de ne pas nous rapprocher. Rencontres, liens, passerelles, ramifications, maillages, mouvements… c’est de là que vont naître des choses. »

Que souhaiter au CDNOI pour les années à venir ?

L. R. : « Le premier objectif est de parvenir à structurer notre outil, la logistique et l’équipe, tout en poursuivant notre travail de création. Pour pouvoir concrétiser nos objectifs et continuer de fournir des spectacles de qualité, le théâtre devra également être réhabilité. Techniquement dépassé, les spectacles se déroulent à merveille grâce aux compétences et à la débrouillardise de nos techniciens passionnés par leur métier. Avec la Ville de Saint-Denis, nous sommes en discussion sur ce sujet, le théâtre ne survivra pas à une décade de plus sans un vrai projet de réhabilitation. »



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