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Festivités

Le Grand 20 Desanm du Département à Villèle


20 desanm 2019 : une année de commémorations pour comprendre notre présent et poser les bases d’un avenir en adéquation avec son temps. Catherine Chane Kune, Directrice de la Culture et du Sport au Département de La Réunion, nous explique les tenants et aboutissants des projets mis en place par le Département pour faire du 20 décembre une source historique forte pour tous les Réunionnais.

Que s’est-il passé pendant cette année commémorative des 170 ans de la proclamation de l’abolition de l’esclavage à La Réunion ?

Catherine Chane Kune : « Pour commémorer les 170 ans de la proclamation de l’abolition de l’esclavage, le Département a décidé d’organiser toute une année de commémoration qui a débuté le 20 décembre de l’année dernière et qui se clôturera le 20 décembre 2019.

Catherine Chane Kune

Au cours de cette année, de nombreuses choses se sont passées, des actes ont été posés… Je pense par exemple à l’exposition du musée Léon Dierx « Le jour de l’abolition » qui
a mis en exergue les noms des affranchis de 1848 : elle a suscité l’intérêt de beaucoup de Réunionnais. Les visiteurs étaient d’ailleurs comme heureux et fiers de retrouver leur nom
dans cette liste, à l’inverse de la réaction de honte ou de dénigrement qu’on a pu constater anciennement. C’est la preuve que quelque chose a bougé, qui a « maturé » dans notre rapport à l’esclavage.

Un autre temps fort de cette année commémorative : le développement de

supports et d’outils numériques à destination des enseignants, des enfants et des associations afin de mieux connaître et s’imprégner de l’histoire de notre île. Ainsi, des centaines de documents, de textes, d’images, et même deux romans et deux expositions sont désormais disponibles en ligne gratuitement !
Et je ne reviens pas sur l’installation de sculptures au musée de Villèle, dans la Chapelle, dans le jardin. La caractéristique de ces projets réside en tout cas dans leur pérennité, nous ne sommes pas dans de l’événementiel éphémère. »

« Là où l’histoire a autrefois divisé, les héritages rassemblent »


Le musée de Villèle va être rénové, quelle sera sa future mission culturelle ?

C C K : « Le Grand 20 Désanm du Département aura lieu en 2019 comme en 2020 sur le site éminemment symbolique du musée de Villèle.
Ce lieu, c’est dans la mémoire collective, la 

Le musée de Villèle

maison de Madame Desbassayns, c’est un lieu très « chargé » par rapport à l’histoire de l’esclavage.
Le Département va consentir un investissement conséquent, le musée sera à la fois restructuré, modernisé aussi pour mieux accueillir ses visiteurs, il sera désormais le musée historique de Villèle, musée de l’habitation et de l’esclavage. Cela prendra du temps, mais le musée doit élargir son discours et prendre en considération toutes les dimensions de l’histoire qu’il raconte. Aujourd’hui, il n’existe pas de lieu qui raconte le monde de l’habitation, le système de l’esclavage, je pense que La Réunion est prête pour accueillir ce musée. Ce faisant, elle s’inscrit dans un mouvement mondial : voyez en France, la fondation nationale pour la mémoire de l’esclavage qui vient d’être créée ; aux États-Unis, le dernier acte politique de Barack Obama fut d’inaugurer le musée de l’histoire afro-américaine. Cela signifie que le monde affronte de plus en plus sereinement cette histoire de l’esclavage sans vouloir régler des comptes, refaire l’histoire à l’envers ou cultiver des rancoeurs. Il s’agit de décrire des faits historiques, sans exclusive, avec tous ses acteurs, dans toute sa complexité : au musée de Villèle, les porcelaines de Madame Desbassayns seront toujours exposées, comme le kayanm des esclaves. Un autre enjeu du musée sera en effet de rendre compte des héritages de cette page d’histoire. Or là où l’histoire a divisé, les héritages rassemblent.


Le musée de Villèle


Aujourd’hui, nous avons en partage la même langue créole, la même cuisine, nous avons une façon d’être créole qui nous est propre et à laquelle nous sommes je crois très attachés.

« Être créole, c’est un grand mystère »


Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que l’esclavage est derrière nous et qu’il faut se concentrer sur les problèmes de société actuels ?

C C K : « Il ne faut pas verser dans la « carte postale » : il y a bien quelques tensions dans la société réunionnaise. Poussées à l’excès, elles peuvent devenir le terreau favorable à toutes sortes de « magiciens », à des dérives. Vous me demandez ce qu’être créole veut dire. C’est un grand mystère. La diversité est un socle de notre créolité, une diversité qui est n’est pas pétrifiée, qui évolue constamment, qui se recompose constamment, qui se veut respectueuse de chacune de ses composantes. Ce qui se joue autour de la cuisine est de ce point de vue intéressant : une sacrée inventivité, pas toujours légère… mais les métissages sont vraiment à l’oeuvre dans la gastronomie réunionnaise. Ce ne sera pas simple pour un musée, qui plus est un musée d’histoire, de rendre compte d’héritages qui sont vivants.


Le musée de Villèle


Mais les musées du XXIè siècle sont des musées qui intègrent davantage leur mission citoyenne, le musée de Villèle intègrera cette dimension citoyenne.

Le Gran 20 désanm 2020 va investir la totalité du site de Villèle. Un kan d’esclaves sera de nouveau reconstitué, la maison de Madame Desbassyns accueillera une grande exposition sur l’esclave Furcy, sur toute sa vie, ses combats, sur la complexité de son personnage.
La musique sera aussi présente naturellement, mais aussi la danse, le cinéma, des visites originales de la cuisine et de la salle à manger du musée. Des dégustations de tisanes, ravages, jus de tamarin et de cannes, seront proposées. Et comme en 2019, les visiteurs seront invités à fleurir le mémorial des esclaves.

©DR



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