Blog MonTicket.re - L'info et toute l'actualité culturelle à La Réunion


Événements

Le tatouage, une piqûre de rappel


Ce sont des traits que l’on choisit de s’ancrer dans la peau, des inscriptions qui prennent tantôt la forme d’un dauphin, d’une étoile ou de manière plus abstraite… de représentations graphiques dont seul le porteur connait la signification, l’origine… les tatouages étaient à l’honneur du 16 au 17 novembre dernier à la Cité des Arts à l’occasion de la 3ème Convention Tattoo. Un rendez-vous qui a connu un très grand succès et pour cause : les Réunionnais sont addicts et nous en avons rencontré quelques-uns.

Longtemps réservé pour différencier les rangs sociaux, le tatouage est ensuite devenu le symbole de rébellion de toute une génération. Aujourd’hui, c’est davantage une œuvre d’art dont tout un chacun semble se servir pour se distinguer de ses semblables.

La raison pour laquelle, avoir un dessin sur une partie de son corps demande beaucoup de réflexion. Et non seulement il faut le choisir en fonction de sa signification et de sa beauté, il faut aussi trouver le style de tatouage qui correspond le mieux à la personnalité et à l’état d’esprit.

Biomécanique, oldschool, réaliste, tribal, celtiques… ce ne sont pas les genres qui manquent. Mais comment être sûr de ne pas se tromper ? En demandant conseil à un professionnel évidemment. Et justement, du 16 au 17 novembre dernier, il y en avait une concentration tout à fait singulière à la Cité des Arts à Saint Denis à l’occasion de la « Convention Tattoo » 3ème édition. Des milliers de personnes s’y sont rendues au total sur le week-end. Des curieux ou des passionnés qui ont pu, soit découvrir cet art, soit prendre des contacts, soit compléter leur galerie corporelle, sur place.

Easy Sacha en pleine session de tatouage asiatique lors de la Convention Tattoo à la Cité des Arts Saint-Denis

La réflexion comme garde fou

C’est le cas de Guillaume. A 48 ans, ce moniteur de parapente a fait son premier tatouage il y a tout juste quatre ans. Aujourd’hui, il en compte quatre. Et pas des petites pièces. « J’ai beaucoup réfléchi avant de me lancer la première fois. C’est ce qui est bien quand on s’y met assez tard comme moi. Ce ne sont pas actes que l’on fait sur un coup de tête quand on a 20 ans et dont on a honte après à 40 piges », explique le Saint Leusien. Et comme pour ses premiers tattoos, Guillaume a également longuement cogité sur celui qu’il s’est fait faire à la Convention, que ce soit sur le thème, le design, les couleurs mais surtout sur l’artiste qui le lui ferait. 

« Je suis fan du travail d’Easy Sacha. Son salon est basé à Paris et c’est l’un des meilleurs de la capitale, notamment dans le style asiatique et moi c’est aussi ce que j’aime. Du coup quand j’ai su qu’il venait ici, j’ai pris contact avec lui, on a beaucoup échangé par téléphone, il a fait le dessin et j’ai adoré. Je lui dis que c’était ok pour moi et voilà », raconte Guillaume, en fronçant de temps en temps les sourcils et en se couvrant la tête de ses mains. Car pendant que le quadragénaire relate son histoire et ses motivations, Sacha lui est penché sur le haut de sa cuisse gauche, entrain de mettre du rouge dans les écailles du gros dragon dans les nuages que Guillaume a tenu à se faire tatouer. Au sujet de la douleur, il répond juste dans un sourire crispé « ça va ». Il faut dire que le Saint Leusien est presque au bout de sa sixième heure passée sous les impulsions ultra rapides du dermographe, la « machine pour faire les tatouages » : « on a fait des pauses quand même hein ! » lance-t-il.

Surmonter des épreuves

C’est aussi un peu la tendance ces dernières années. Beaucoup de femmes ayant subi des opérations suites à des pathologies graves comme le cancer, se font tatouer : « elles viennent pour cacher la balafre qui représente un passage dur de leur vie en posant dessus un dessin qui lui représente le fait qu’elles ont surmonté cette épreuve douloureuse », souligne Devil Boy, ou Brice Alain dans la vie.

« Mais dans ces cas bien précis, avant de passer sous la machine, il faut attendre au moins deux ou trois ans » avertit pour sa part Alan Prize, 34 ans, dont le salon se trouve à St Gilles. « La peau c’est vraiment quelque chose de particulier, il donc faut y faire très attention. Mais c’est notre feuille à nous ».

3ème convention Tattoo à la Cité des Arts en 2019

Lui est spécialisé dans le photo réalisme. Sous ses doigts naissent des visages humains, des animaux et autres, comme si c’était des photos. Pour arriver à un tel niveau de précision, il lui aura fallu bien sûr des années de pratique. Treize dans son cas. Une carrière entamée dans l’Hexagone, en Bretagne. Aujourd’hui, il est toujours autant épanoui dans ce qu’il fait notamment parce qu’il sait que ses œuvres ont la plupart du temps une résonnance particulière pour ses clients.

3ème Convention Tattoo, en 2019 à la Cité des Arts

Un métier passionnant

Devil Boy lui a ouvert son salon il y a quatre ans, sur Sainte Clotilde. Ses styles de prédilection : chicanos, c’est-à-dire mexicain et réaliste. Pour autant, sur son corps, des figures de styles différents que ceux dans lesquels il s’est spécialisé… notamment des œuvres qu’il s’est faites lui-même : « je suis autodidacte. Il fallait bien commencé quelque part », dit-il dans un éclat de rire avant de reprendre plus sérieusement : « ça c’est pas un truc que ou apprend dans un école ou quoi que ce soit. Mwin ma fé la formation en hygiène, mi na mon diplôme là dans, mais c’est tout. 

Pou fé ce métier lé sûr faut que ou na une bonne base en dessin. Après si ou na la chance qu’un professionnel déjà installé i prend aou son aile, lé super. Mais perso, ma commence tout seul, mon ban camarades, la famille la laisse à mwin entraine à mwin su zot et voilà, ma beaucoup pratiqué jusqu’à temps ma senti à mwin prêt pou ouvre mon propre shop ». Le jeune homme de 30 ans rajoute qu’il vit désormais un vrai rêve en ayant fait de sa passion son métier : « tous les jours ma pas l’impression mi travaille vu que mi fé sak mi yèm ! ». Et il le fait bien. 

En témoigne son carnet de commande toujours plein. Parmi ses clients réguliers Emilie, cette jeune fille de Saint Benoit qui aimerait bien faire des élections de miss Ink un jour. Elle lui confie les parties de son corps les yeux fermés : « c’est quelqu’un de très pro et surtout, il est très doux. Regardez la finesse des traits qu’il arrive à faire et sans faire mal », s’exclame-t-elle en exhibant fièrement la « Catrina » encrée sur son bras droit.

Le tatouage, une histoire de partage, entre le corps et l’homme, entre l’artiste et le client.

Mia Dolls à la Convention Tattoo 2019 de Saint-Denis

Mia Dolls à la Convention Tattoo 2019 de Saint-Denis

La réunionnaise Mia Dolls, mannequin de charme et danseuse, fait le tour des conventions tattoo dans le monde. L'occasion pour ses fans de se prendre en photo en sa présence, pour leur plus grand plaisir.

Crédits Photos : M. Nourry



Article rédigé par


Réagissez à cet article

Commentaires System WIDGET PACK