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Musique

Les années 80 toujours au top


Entre l’invention du Minitel, de la carte à puce, la découverte du virus du Sida, de l’épave du Titanic, la chute du mur de Berlin, le décès de Bob Marley ou encore l’explosion de la centrale de Tchernobyl… les années 80 ont été marquées par des évènements majeurs sur la planète.

En à peine dix ans, de grandes avancées ont également révolutionné divers domaines et bien sûr, la culture n’a pas été épargnée. La musique a sans doute été la plus impactée. Aujourd’hui encore, les tubes de cette époque rencontrent un succès certain. Pourquoi ? Voici quelques éléments de réponse pour vous nostalgiques ou pour vous jeunesse insouciante qui n’avez jamais vécu à cette époque. Tin. Tin tin tin. Tin tin tin. Tin tin tiiiiinn*.

« Les années 80, c’était quand même aut’ chose hein ! » ou dans sa version créole « ban’ morceaux zané 80, saaa té ban bon mizik sa ! ». Cette phrase, il y a toujours un tonton un peu éméché, une matante « brushinguée » comme jamais, un papa en sueur ou un cousin quadra encore célibataire… pour la sortir lors d’un festin familial animé, en levant les bras bien haut, sourire tranche papaye aux lèvres, en se trémoussant de façon exagérée pour bien montrer à quel point le « rythme lé bon ». On pourrait presque appeler ça « l’effet années 80 ». Les symptômes : bouffée de nostalgie mélangée à de la joie, indescriptible sentiment qui donne envie de pleurer quand on entend « Still loving yoooooouuu » (Scorpions, 1984), de rire quand passe « La danse des canards » ( J.J. Lionel, 1982) ou de chanter sur « Les Démons de minuiiiiiiiit » (Images, 1987).

Deejay depuis une vingtaine d’années, Giovanny confirme : dans les soirées qu’il anime, il y a quasiment toujours une session dédiée aux plus grands tubes de cette période. « Ce sont des incontournables. Dan’ mariages, communions, baptêmes etc, na poin rienk ban’ jeunes. I faut que tout le monde i amuse. Du coup nou lé obligé mette ban morceaux là », explique-t-il.

D’ailleurs, depuis le temps qu’il exerce cette profession, il s’est constitué de nombreuses playlists années 80 parce que « les gens sont à fond quand la série arrive. Ça bouge, c’est festif.

Et on se rend compte que la nouvelle génération se défoule tout autant que leurs parents sur ces titres. Ils connaissent même les paroles parfois, ou du moins celles des refrains ».

Pour lui, le succès des hits des années 80, c’est donc d’abord dû à une histoire de transmission.

« Les plus âgés ont aimé, ils ont écouté, écoutent encore et donc logiquement, ils font écouter à leurs enfants. Et puis il y a aussi les remix. Quelque part ça participe largement à faire connaitre les anciens morceaux aux
jeunes. Je pense par exemple à Collectif Métissé qui a repris Femme Libérée de Cookie Dingler ».

Une technologie performante pour l’époque

Le DJ explique aussi que la qualité sonore n’est sans doute pas étrangère à cela. « A l’époque, on savait faire du bon son, y’avait du bon matériel.
L’électronique était en plein développement. Aujourd’hui, on essaye de reproduire ces sonorités mais avec le numérique, c’est compliqué » conclue-t-il.

La technologie a en effet avancé très vite. Le disque compact à lecteur laser, le fameux CD, développé par Sony et Philips en 1982, a eu un gros impact sur l'industrie de la musique à ce moment-là. Vendeur dans un magasin de disques à St Denis, Johan, en est lui certain : « en changeant de format, les disques étaient plus facilement transportables par les DJ.
Du coup, ça leur facilitait la vie dans les soirées et ils pouvaient du coup passer plus de morceaux dans le vent ». Le professionnel de 43 ans poursuit en disant 

Année 80

DJ Giovanny

Giovanny est DJ depuis près de 20 ans. Pour que tout le monde s’amuse dans une soirée, il faut mettre une série spéciale années 80.

que selon lui, les hits d’il y a une trentaine d’années ont été créés pour « faire consommer » : « pour moi, la musique des années 80 c’est la musique des discothèques. On sortait alors d’une époque où le slow était roi et ça ne marchait plus trop. Les maisons de disques se sont dit que pour que ça reparte et pour se faire de l’argent, il fallait faire des chansons sur lesquelles les gens pouvaient s’amuser, sans chercher forcément à comprendre le sens des paroles. À mon avis c’est à partir de là que l’on a compris que l’on pouvait faire du commercial ».

 Musique commerciale mais liberatrice

Le disquaire va même plus loin. « Tout ça, ça a aussi fait les affaires des patrons de boîtes de nuit qui se frottaient sûrement les mains en voyant des clients se défouler sur les pistes sur les chansons les plus à la mode et multiplier les va-et-vient au bar. On fait des chansons rythmées, les gens aiment ça et bougent dessus, fatigués ils vont boire et voilà, ça tournait comme ça », lance-t-il en riant.
En outre, il suppose que la démocratisation du magnétoscope et du walkman a aussi peut-être

Année 80

contribué à l’essor des plus grands succès des « eighties » : « on pouvait écouter les chansons n’importe où, enregistrer et regarder les clips vidéo, partager avec les voisins, les copains, la famille, leur faire découvrir des artistes… et y’avait pas besoin de réseaux sociaux pour ça ! »
Un avis que partage Dominique Beauté. Pendant près de sept ans, il a été animateur sur Nostalgie, une radio qui diffuse surtout des chansons des années 60, 70 et 80. Pour lui, l’autre facteur qui peut expliquer le fait que les gens ont très rapidement apprécié les morceaux d’artistes ou de groupes comme Michael Jackson, Earth Wind and Fire, Indochine, Jeanne Mas, Rita Mitsouko, Kassav ou encore originaires de chez nous à l’instar de Michou, Ti Fock, Baster, Ousanousava et les autres… C’est tout simplement la naissance des radios libres en 1981.
« François Mitterrand kan la arrive au pouvoir la dit arrêtons avec le monopole de la radio publique et allons ouvrir les ondes et bon nombre de radios la pu voir le jour, autant en Métropole qu’à la Réunion. Du coup, les supports de diffusion la multiplié et la entraîne cette ambiance un peu particulière qui règne autour des années 80. Là les gens té peu écoute de tout à tout moment » expose l’animateur aujourd’hui présent derrière le micro de la 1ère.

Les radios enfin libres

Année 80

Animateur radio, Dominique est convaincu que l’engouement autour des musiques des années 80 est en partie dû à l’émergence des radios libres

Il faut dire qu’avant ça, les radios locales privées associatives étaient systématiquement brouillées par la TDF, la télédiffusion française.
Leur libération c’était donc un moment historique pour les ex-pirates des ondes qui ont pu sortir de la clandestinité. Cela a créé une telle effervescence qu’à peine un an après la promulgation de la loi, près de 2000 radios ont été recensées.
Parmi elles NRJ (la Nouvelle Radio des Jeunes), Radio Nova, Radio Contact devenue Nostalgie, RFM ou encore Cité Future devenue Skyrock.
Beaucoup d’autres ont disparu quelques années plus tard.
« Avec cette ouverture des radios, ben tout ce qui sortait d’ailleurs la pu rentre en France. Mi pense notamment à la New Wave, un style basé sur des sonorités électroniques qui venait d’Angleterre et symbolisé par Eurythmics ou encore les Tears For Fears. En France aussi quelques-uns la surfe su cette vague à l’image de Niagara, Jean Luc Lahaye… et tout ça la très bien marché », précise Dominique.

Culture musicale forgée et transmise

« Les auditeurs, en tout cas ceux qui avaient entre 18 et 25 ans entre 1980 et 1989, se sont alors construit leur propre culture musicale, qui tranchait forcément avec celle de leurs parents et ils l’ont passée à leur progéniture », complète Johan.
Le vendeur de disques dionysien pense que cette culture musicale fait partie d’un ensemble plus large : « les coiffures, le style vestimentaire assez flashy, les chorégraphies, pour moi tout ça c’est venu avec la musique et ça a constitué un espèce de package années 80.
Par conséquent, quand les gens aujourd’hui entendent résonner les premières notes des chansons de cette époque, ils ne peuvent pas s’empêcher de se souvenir de leur jeunesse, de leurs amours, de leurs amis d’il y a trente ans et de bouger comme au temps de l’insouciance ».
Ce qui explique sans doute l’attitude, dans le festin familial, du tonton éméché, de la matante « brushinguée » comme jamais, du papa en sueur ou encore de ce cousin quadra qui finira sans doute un jour par trouver l’âme soeur sur une piste de danse de l’île, et qui sait, sur quelques notes de Careless Whisper (Georges Mickaël, 1984), ou sur un slow de Jean Pierre Boyer…

Bernard Ollivier, le champion des dj’s

À la Réunion, s’il y en a bien un qui incarne l’atmosphère et l’ambiance des soirées années 80, c’est Bernard Ollivier. À soixante ans, ce Tamponnais a passé quarante-cinq ans de sa vie derrière les platines.

« Avant je vivais presque de cette activité… maintenant je dois faire entre trois et quatre soirées privées par mois tout au plus, dont une tous les mois dans un bar de Saint Gilles. Et il y a toujours énormément de monde parce que ces sonorités-là, on ne les entend plus trop dans les discothèques de nos jours ». Même si le temps a passé, le pro du mix explique qu’il continue surtout par plaisir mais
aussi parce que, faut-il l’avouer, logistiquement parlant, c’est plus facile : « entre les caisses de vinyles, la table de mixage, les platines etc, à l’époque il fallait être à cinq ou six au moins pour pouvoir transporter le matériel. Là, j’ai juste mon ordinateur et un contrôleur ».

Bernard Ollivier

Année 80

Mais s’il joue essentiellement des titres des années 80-90, l’homme n’est pas sectaire non plus : « pour que tout le monde danse et s’amuse, je passe également des sons des années 60, 70 mais aussi les plus récents. Après c’est clair que j’ai une préférence pour les chansons locales, nationales et internationales sorties entre 80 et 90 parce que, pour moi, c’est à ce moment-là qu’on faisait de la
vraie musique. Contrairement à maintenant. Certes, tout n’est pas à jeter, mais il faut bien trier. Spécialement dans ce qui se fait chez nous. Certains morceaux locaux actuels ont beau être multidiffusés en boite ou sur les ondes, moi y’en a certains que je refuse de mettre dans mes playlists tellement je trouve ça mauvais » avoue-t-il.

Bernard Ollivier c’est donc une oreille affûtée et critique entraînée depuis l’adolescence. Et c’est sans doute ce qui lui a permis d’être sacré champion de la

Réunion de DJ en 1985… un titre qui l’a ensuite emmené tout droit au championnat de France de mix au Discom, le salon des professionnels de la nuit. C’était en 1988, dans l’Hexagone. « Il y avait des centaines de candidats au départ mais nous n’étions que 4 en finale. Lors de ma prestation, j’ai juste fait ce que j’avais à faire.
Je ne m’attendais pas à gagner mais quand ils ont dit mon nom, j’ai été submergé par différentes émotions ».

Trente et un ans plus tard, le disc-jockey est ravi d’être en mesure de choisir les gens ou les lieux avec qui il veut travailler. Il envisage l’avenir des années 80 positivement. Pour lui, ce n’est pas près de se démoder : « c’est moins éphémère que ce qui se fait maintenant » lâche-t-il.

Bernard Ollivier anime tous les mercredis et vendredis de 15h à 16h une émission intitulée « Génération TicTic » sur Hit FM.

Vous pouvez également retrouver toute son actualité sur sa page Facebook « La Zik à TicTic ».



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