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Musique

Profession, beatmaker : Soprasound, le prolifique


Un mouvement de tête irrésistible, les hanches qui se débloquent, que vous soyez au volant ou sur la piste de danse, vous la reconnaissez dès l'intro. C'est LA prod' du moment ! Elle fait naître en vous ce sentiment de ne faire qu'un avec la vibration du monde.

Mais de quoi cette osmose est-elle faite ? Derrière ces morceaux qui trustent la bande passante, se cachent des artisans du son, sans qui la magie ne pourrait opérer. Rencontre avec l'un des beatmakers les plus capés de notre île : Soprasound, qui en presque 25 ans de production nous retrace l'évolution d'une profession protéiforme. 

Qu'il est loin le temps où la déferlante du hip-hop américain et le manque de moyens poussaient le jeune Patrick Payet, du haut de ses 17 ans à bidouiller des heures durant une compilation pour sampler une caisse claire ou un riff de piano. Un quart de siècle plus tard, les CD et les tutos sur DVD ont laissé place à une pléiade de machines virtuelles qui, de banques de sons en plug-ins, façonnent la matrice du succès en devenir. « Il faut toujours commencer par la batterie, en ce moment la tendance c'est l'Afrobeat qui est en fait de l'Afrotrap en plus lent » révèle Soprasound en tapotant sur son
clavier maître quelques battements chaloupés.

La base est posée, la prochaine étape est la plus cruciale, pour faire d'une prod' un tube, il faut une mélodie qui claque. Le producteur a une astuce : « Si j’arrive à siffler l'air que j'ai en tête, c'est que les gens vont pouvoir facilement se l'approprier ».

Présenté comme ça, ça sonne comme une évidence, on déchante rapidement lorsque se déploie sur l’écran de l’ordinateur l'arsenal de plug-ins nécessaires à la forge de votre futur "Nou arriv " ou autre " Komen ou ral ça ? ". Aux
spectres sonores viennent se superposer une arborescence foisonnante d’equalizers, compresseurs, et autre meters, qui ont pour mission d’écrêter, booster et normaliser la bombe harmonique qui n’attend que d’exploser.
« Cela peut prendre une heure comme des jours, la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) évolue sans cesse, il y a des nouveaux effets qu'il faut prendre le temps de maitriser. »

Et de prendre pour exemple, le juste équilibre à trouver dans la découpe des fréquences des synthétiseurs et des trompettes, pour imprimer à l’afrobeat son son caractéristique.

 « Une instru’, ça n’a pas de prix »

Soprasound

Vous voilà désormais fins prêts à faire chavirer les foules, enfin presque… reste l'essentiel : Trouver l'inspiration ! Et là pas de secret, en plus de votre talent naturel, il faudra puiser dans les sources d’une culture musicale abondante.
Entre jazz acoustique et deep house pour Soprasound, qui, au fil d’une vie professionnelle riche de centaines de collaborations, de Atep à T-Matt en passant par Vitaa, vit aujourd'hui de son art.

Mais impossible de savoir à combien se négocie une prod’, quand bien même elle serait vendue car la plupart du temps, la composition est offerte et ce sont les éventuelles retombées
Sacem qui alimentent le compte en banque.
« Une instru ça n'a pas de prix, sourit Soprasound, si ça marche pour lui, ça va marcher pour moi, tout le monde est gagnant ».
A noter, qu’une part importante de ses revenus provient non pas de la création en elle-même, mais des services qu’il propose en studio. Cela va de l’enregistrement - et là impossible de passer outre l’analogique pour « le grain qu’il apporte et que n’auront jamais les machines »
- au mixage et mastering qu’il propose dans son antre, domicilié sur les hauteurs de Ste-Marie.

Soprasound

Jusqu’à dix compositions par jour

C’est là qu’il oeuvre avec la complicité de son alter ego, Wako, un multi-instrumentiste, à donner vie à aux projets qui ont germé dans l’esprit des artistes.

« Parfois ils arrivent juste avec quelques accords, c’est à nous ensuite d’enrichir le projet, d’y apporter nos arrangements pour lui donner une couleur unique » détaille le beatmaker, qui compose aussi bien avec le maloya, le slam, le raggaeton que le séga.

Un virage pour le jeune quadragénaire. « Il m’arrive encore d’avoir des journées où je finalise 10 morceaux originaux, mais je me rends compte qu’au fil du temps je me lasse peu à peu de la composition, je crois que je préfère accompagner les artistes maintenant » relate-t-il. Une expertise qu’il fait aujourd’hui valoir dans l’hexagone et en Suisse, dans des sonorités latinos ou hip-hop. Un peu comme si, à force d’avoir manipulé l’onde, il était venu pour lui le temps, non plus de toujours s’acharner à créer la vague, mais de savoir de temps à autre, se laisser porter par le flot de ses pairs.

©P.P



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