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Événements

Quand les artistes se livrent… En toute intimité


Les concerts sont souvent des moments très attendus dans la vie de passionnés de musique. Ils permettent de voir l’artiste en chair et en os, de réécouter ses morceaux différemment. Les concerts c’est aussi le temps de la communion avec des centaines, des milliers d’autres fans… ou seulement avec quelques dizaines de personnes.

Il arrive en effet que les chanteurs ou les groupes se produisent dans des petites salles ou des lieux insolites. Leurs motivations peuvent être diverses : faire découvrir leur univers, présenter des titres inédits, renouer avec le public ou garder le contact avec lui entre deux gros événements etc. Et dans ce tête à tête musical, personne ne repart jamais vraiment comme il est arrivé.

Qu’ils se déroulent sur des grandes scènes, en plein air ou dans des salles de spectacles dédiées, les concerts sont toujours vécus avec plus ou moins d’intensité. La majeure partie des spectateurs acceptent avec fatalisme les heures passées dans les longues files d’attente à l’entrée des sites, le fait de rester debout dans la fosse, collés serrés avec des inconnus, pile pile poil derrière un grand monsieur, situation qui implique généralement de sautiller sur place en se tordant le cou pour essayer d’apercevoir ce qu’il se passe sur le podium… car au moment où le présentateur lance son tonitruant « Saint Pierre est ce que ça va ce soooirrrr ?? » … oui parce que généralement la foule porte toujours le nom du lieu où se passe le concert… eh bien le temps s’arrête.

Et là « Saint Pierre » (ou autre commune / quartier / village bien sûr !) presque en transe répond : « Ouaaaaiiiis ! ».

Alors le présentateur reprend : « Faites du bruit pour X ! » (X étant évidemment le chanteur ou le groupe en concert). Cris et applaudissements s’élèvent aussitôt de l’assistance chauffée à blanc. Une sorte de connexion s’établit entre les « regardants » unis en masse compacte et le « regardé ».

Les concerts intimistes

Les concerts intimistes sont généralement plus conviviaux

Elle est surtout perceptible lorsque l’interprète tend son micro et que toute l’assemblée reprend en choeur ses chansons ou dansent sur celles-ci.

Les jeux de lumière, les mises en scène, scellent l’alliance. L’échange est indescriptible.

Partage d’emotions

Lycinaïs Jean et E.Sy Kennenga

Lycinaïs Jean et E.Sy Kennenga dans un bar du front de mer de St Pierre le 19 octobre

Mais pas besoin forcément d’aller au Parc Expobat de St Paul, à la Ravine St Leu, au Stade de l’Est ou dans un quelconque autre lieu de spectacles de l’île pour ressentir toutes ses sensations. Les concerts organisés dans des endroits plus petits et/ou atypiques, peuvent aussi offrir un panel d’émotions toutes aussi fortes.

En plus, ils présentent quelques avantages : les points négatifs inhérents aux « gros » concerts sont quasi inexistants (embouteillages, attente à l’entrée, interminables premières parties, effets de foule, écrasement contre les barrières, chaleur, vue sur la scène obstruée par une forêt de mains levées tenant des téléphones portables, oreilles qui bourdonnent à cause des décibels crachés par les enceintes géantes etc) et il est plus facile d’approcher les artistes.
C’est d’ailleurs pour cela que Geoffrey, 35 ans, a accepté de suivre une de ses amies au concert de Grèn Semé le 26 octobre dernier au Jardin des Parfums et des Épices à St Philippe.

Le groupe, alors en tournée à la Réunion à l’occasion de la sortie de son nouvel EP (3 titres + 1 remix) intitulé « Poussière », était venu jouer dans ce lieu exceptionnel du sud sauvage : « c’est mon tout premier concert. Je n’ai jamais été tenté avant parce que je n’aime pas être dans la foule, avoir la musique à fond dans les oreilles etc. Et là je ne regrette pas du tout d’être venu. J’aime beaucoup ce qu’ils font et puis le cadre intimiste offre un meilleur lien avec l’artiste. Quand il parle, on ressent vraiment tout ce qu’il dit », explique le Saint Philippois.

Dossier du Mag

On peut régler le son à sa guise

Ici en l’occurrence, Geoffrey fait référence à Carlo De Sacco, leader de Grèn Semé, ce talentueux quintet péï multi-récompensé, connu et reconnu dans l’Hexagone et sur les scènes internationales. Il faut dire que l’interprète principal dispose d’une aura singulière, d’un magnétisme certain et lorsqu’il chante, il emporte le spectateur dans son univers pour ne le lâcher qu’à la fin de la représentation. Et encore…

Connexion rapide avec le public

Ce soir-là, ils étaient à peu près 70, pas plus, à vivre cette expérience originale et gratuite, sous la véranda de la bâtisse située au coeur du site. L’ambiance était feutrée, presque mystérieuse à cause de la nuit. « Grèn Semé dans un jardin, il fallait le faire ! ».

Carlo De Sacco et son groupe Gren Semé en concert dans un jardin privé à St Philippe le 26 octobre dernier

La petite phrase, signée Carlo De Sacco, a fait rire l’auditoire. En véritable poète des temps modernes, il a ensuite déclamé sa prose, ses vers, pendant près d’1H45 avec la précision métronomique d’un rappeur et l’intensité d’un conteur. Le groupe entier a su façonner une atmosphère spéciale avec sa musique, aidé sans doute dans sa démarche par le côté sauvage du décor.

Totalement rincé à la fin du concert et les quatre ou cinq rappels, Carlo De Sacco réussit à confier : « Mwin na plus de goût pou les
concerts kom sa parce que mi na l’impression que la proximité i fé un partage de vibrations.
Ma fé des concerts où le premier moune té à 20 mètres donc i fé très bizarre, c’est un aut’sensation, lé plus impersonnel.
Avec ce genre de format, ou gagne regarde les gens dans les yeux. Lé plus facile pou communiquer, pou fé passe certains messages. Kan na 1000 personnes lé pas pareil ».

Quoi qu’il en soit, le chanteur sudiste assure se donner de la même façon à chaque prestation, peu importe le nombre de personnes : « Nou offre aux gens sak nou lé, nou offre in gayar, nou offre nout fon d’kèr, nou lé tout nu nou là et domoune zot i reçoit ça avec bienveillance et kan lé kom ça i passe tranquille quoi ! »

Carlo passera ensuite de longues minutes à serrer des mains, signer des albums vendus sur place, prendre des selfies ou encore discuter avec certains de ses admirateurs. Ce qui arrive assez rarement sur des grosses productions. Dans certains cas il faut même payer un billet d’entrée un peu plus cher pour pouvoir rencontrer l’artiste après. Sinon il faut espérer que celui-ci vienne de lui-même au contact de la foule.

Dans un concert intimiste donc, celui qui descend de scène est plus disponible, un peu plus à portée de main. Le format s’y prête.

Concert dans une… médiathèque

C’est un peu là-dessus que s’est basée l’association Saint Josephoise Les 3 Peaks pour lancer il y a quelques mois Médiakoustik, en partenariat avec la médiathèque de Saint Joseph et la société d’audiovisuel Tout Part De Là. Organisateurs du Manapany Festival et des Dimanches du Sud Sauvage, évènements qui brassent des milliers de personnes, les 3 Peaks ont mis en place cette formule plus intimiste avec comme objectif selon Lyz Gérard, secrétaire de la structure : « promouvoir des gens qui à la Réunion ont une démarche artistique intéressante, quelle qu’elle soit, ou quel que soit leur degré d’expérience ». Avec Médiakoustik, l’idée de départ est apparue comme une évidence : « Chaque 1er samedi du mois, la médiathèque du Sud Sauvage organise un vernissage en présence de l’artiste.

Lyz Gérard

Lyz Gérard est la secrétaire de l’association Saint Josephoise Les 3 Peaks

Nous y avons assisté un jour et puis on s’est dit que ça serait sympa d’étendre un peu l’action du vernissage en y mêlant d’autres arts. On a alors pensé à faire un concert filmé et à diffuser la vidéo, très courte, sur internet.

C’était une façon de valoriser les artistes, le site, la culture locale avec cette transversalité entre la peinture, le livre, la vidéo et la musique ».
Le concept, inédit chez nous, n’est pas totalement nouveau puisqu’il se calque sur les « tiny desk », des vidéos de concerts très courtes filmées dans des endroits insolites : « ça a démarré y’a un peu plus d’une quinzaine d’années, dans le bureau d’un journaliste New Yorkais. Nous on a créolisé tout ça, on l’a adapté à ce qu’on avait ».

Anne Oaro

Anne Oaro, étoile montante du maloya made in 974, a été récemment l’une des artistes du Médiakoustik

Moment suspendu

Et ça fonctionne. La plupart des concerts sont complets poursuit Lyz Gérard : « A la médiathèque on est sur du 60 places. Le concert, gratuit dure 1h-1h15 donc c’est vraiment un moment suspendu dans le temps et dans l’espace. Les gens viennent avec leurs enfants, tout le monde est installé sur des coussins et des poufs, à même le sol.
Y’a une vraie chaleur humaine, une vraie proximité, une vraie complicité entre les spectateurs et avec les musiciens. Nous on veut garder ça, on n’a pas forcément envie que ça devienne plus gros ».

Ananda Devi Peters et Gilles Lauret, Tim Zeni, Sonatine avec Samy Pageaux Waro et Julien Grégoire, Anne Oaro, et le groupe Mové Zerb ont pu se produire cette année sur ce mode.
Originaire de Vincendo, Dimitri, 28 ans, les a tous vus : « toutes les éditions sont différentes et jusqu’ici, aucune déception. Personnellement je reçois chaque concert comme un cadeau ».

L’association envisage de créer des rendez-vous supplémentaires dans d’autres lieux atypiques : « on a cette perspective de faire des choses un peu cachées, un peu privées, sans dire que c’est un truc de VIP ou pour privilégiés, mais d’offrir une expérience qui va laisser un souvenir aux gens, leur donner envie de continuer à vivre des aventures culturels, à être curieux, à soutenir les artistes locaux, les démarches originales et d’en parler autour d’eux, créer une émulation quoi », souligne la secrétaire des 3 Peaks. Et le premier du genre c’était justement… le concert de Grèn Semé le 26 octobre dernier au Jardin des Parfums et des Epices à Saint Philippe. Sur place, l’association a proposé au public un petit coin restauration. Ce qui rajoute de la convivialité à l’intimité créée par l’exigüité des lieux.

Car c’est aussi ça l’avantage de ces concerts intimes : si on arrive assez tôt avant le show, on peut se poser, boire un verre, manger éventuellement notamment quand le lieu d’accueil est un restaurant ou un bar.

Avoir l’impression que les artistes ne chantent que pour soi

Dans une bulle musicale

Plusieurs personnes venues assister au showde Lycinaïs Jean et E.sy Kennenga l’ont fait en tout cas le 19 octobre dernier dans un établissement situé sur le front de mer Saint Pierrois.
Les deux chanteurs, auteurs, compositeurs, interprètes originaires des Antilles étaient dans le département du 18 octobre au 03 novembre pour une série de concerts « silencieux ».

Le principe : il faut porter un casque audio pour pouvoir entendre la musique proposée par le duo. Le prix du ticket d’entrée, 20 euros, comprend la location du matériel, en échange d’une pièce d’identité rendue à la fin du concert.

Bruno Messy est le manager de Lycinaïs Jean :
« Le système de diffusion se fait par onde radio. Chacun peut régler le son à sa guise ce qui fait qu’on peut jouer partout, sans gêner les voisins. Mis à part les applaudissements du public, on ne fait absolument aucun bruit ou si peu ».

Concrètement, c’est un peu comme entendre un son radio d’excellente qualité, sublimé par les vibes et le visuel propres au concert live. Les concerts silencieux de Lycinaïs Jean et E.Sy Kennenga, avec leurs chansons au style métisse, mélange harmonieux de différents genres sur fond « caribbean », ont déjà tourné dans l’Hexagone et aux Antilles. A la fin de l’année, ils auront totalisé 75 représentations et à chaque fois, le même engouement.

Karen, 39 ans, fait partie des 80 personnes environ venues ce vendredi soir là : « Avec les casques, on se sent comme dans une bulle. Il n’y a pas de parasitage extérieur, c’était génial ».

Un avis que partage son amie Sarah, 41 ans : « La sensation n’est pas comme dans les concerts avec des centaines de personnes. Là c’est comme si les artistes chantaient directement pour nous. C’est vraiment un autre univers et en plus, le son est mieux ».

Pour la chanteuse Lycinaïs Jean, qui a commencé sa carrière en se produisant dans de petites salles, c’est aussi une sorte de retour à ses premières amours.

Malgré tout, cette formule-là ne remplace pas pour autant selon elle, un concert « normal » : « c’est autre chose, c’est à part. Mais la logistique est plus facile à gérer. Après E.Sy et moi on trouve aussi que c’est mieux que les gens nous découvrent de cette manière parce que découvrir un artiste en acoustique, c’est plus enrichissant, on s’approche plus facilement de son univers ».

Et dans ce genre de cas, les artistes profitent parallèlement d’un public souvent plus à l'écoute et surtout plus respectueux de leur travail.

Ma-Few, 22 ans, habite à Trois Bassins : « C’est une amie qui m’a emmené au concert.
Je ne connaissais pas du tout les artistes. J’ai bien apprécié et je trouve le système de casques très abouti. Le son est de très bonne qualité. Après d’une manière générale, les concerts acoustiques et intimistes comme ça c’est génial parce que tu es plus proche des artistes, tu peux leur parler plus facilement ».

Alors si comme Ma-Few vous voulez vous laisser surprendre par des artistes que vous ne connaissez pas, vivre une expérience musicale particulière, aller à un concert sans les inconvénients…
des gros concerts ?

Testez, si ce n’est déjà fait, les prestations dans les petits espaces ou dans les lieux atypiques.
Vous y retrouverez des têtes d’affiche ou des musiciens un peu moins connus. Vous leur donnerez la force de continuer et passerez sûrement un bon moment.



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