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Staark, un mangaka made in 974


Il est complètement de notre galaxie et pas du tout du fond de la nuit… le capitaine Staark, alias Yvan Soudy est un gars bien de chez nous, de Bras Panon plus précisément. Sa passion à lui c’est la bande dessinée japonaise. L’année dernière, il est devenu le premier auteur Réunionnais du genre à avoir été publié de façon professionnelle.

Staark

Yvan Soudy, alias Staark, le premier mangaka Réunionnais à avoir été publié professionnellement.

 « Je suis de la génération du club Dorothée. J’ai découvert l’univers du manga à travers Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque ou encore Les Tortues Ninjas. J’étais encore petit mais j’ai très vite été fasciné. Alors je me suis dit qu’un jour je deviendrai réalisateur de dessins animés », se souvient Yvan Soudy avec une pointe de nostalgie. Un coup de foudre pour les films d’animation japonais qui se confirme quelques années plus tard, lorsqu’il découvre le manga à proprement parler, ce petit livre généralement en noir et blanc qui se lit en commençant par la dernière page et de droite à gauche. Il était à ce moment-là au collège.

Les années passent et le virus ne le quitte pas. Yvan Soudy rencontre d’autres jeunes passionnés comme lui. Le petit groupe se réunit souvent, discute, partage des infos et va même jusqu’à commander des livres directement du Japon.

Mais Yvan Soudy lui ne se contente pas de dévorer et collectionner les histoires, il commence à en imaginer aussi et, de manière totalement autodidacte, les fige sur des cahiers. « Parmi les membres du groupe dont je faisais partie, il y avait un marmaille dont le frère dessinait extrêmement bien. Je l’observais et j’essayais de refaire pareil. Je trouvais ça fun. Je me suis amélioré au fur et à mesure. C’est comme ça que tout a vraiment commencé », raconte-t-il.

 De la passion aux études

 Arrive le temps de l’orientation post bac. Son envie d’être un professionnel dans le domaine du dessin animé ne l’ayant jamais quitté, Yvan Soudy se renseigne et découvre l’existence de filières dédiées. « J’ai vu qu’il y avait une école au Port, au Village Titan. Et l’autre qui m’intéressait également était à Paris. J’ai choisi de rester à la Réunion et de m’inscrire donc à l’ILOI, l’Institut de l’Image de l’Océan Indien, spécialisé dans l'infographie, l'animation 2D/3D, la post-production, la création Web et multimédia, l'audiovisuel et le cinéma. Moi j’ai fait une formation complète en jeux vidéo, dessin 3D et réalisation ».

Suite à cela, il s’engage dans un Master en communication visuelle à l’université et s’inscrit en parallèle à l’Atelier Shovel, une école de BD pour laquelle il a obtenu une bourse de deux ans.
Là-bas il se perfectionne dans l’art de la narration et dans les autres techniques propres à la création de BD.
Fort de ces nouveaux savoirs, il retravaille les planches qu’il dessinait lorsqu’il était plus jeune et se lance.

  Internet comme tremplin

« En 2011, j’ai posté sur internet le premier chapitre d’une de mes séries. Je l’ai fait notamment sur MangaDraft, une des plateformes spécialisées les plus connues. En une semaine, 30 000 personnes l’avaient lu ! » s’étonne encore le désormais mangaka (ndlr : auteur de mangas).
Staark, pseudo choisi parmi les personnages de Bleach, un de ses mangas préférés, gagne très vite en notoriété. Il est repéré par une maison d’édition en ligne qui promeut les talents francophones, Norigami. « J’ai signé un contrat avec eux et ils m’ont publié sur leur site. Puis tout s’est enchaîné. Un des producteurs du magazine Shonen Jump, à qui l’on a présenté mon travail au Monaco Anime Game International Conference, amis en ligne une très bonne critique à mon sujet.

Plusieurs maisons d’édition de l’Hexagone m’ont contacté, elles voulaient me publier cette fois en version papier. Finalement j’ai choisi une boite locale, Les Bulles dans l’Océan, distribuée sur le plan national et international par Flammarion ».

Staark

Les mangas sont généralement en noir et blanc et se lisent de droite à gauche.

C’est ainsi que le premier tome de Redskin a vu le jour. C’était en 2018. L’ouvrage a été présenté officiellement lors de la 1ère édition du salon Geekali.

 Encore des séries à venir

Le second tome est paru le 23 avril dernier, le troisième sortira avant la fin de l’année. Au total, cette série comptera quatre volumes.
Par ailleurs, Staark a déjà commencé à travailler sur la prochaine histoire. Prévue pour 2020, elle sera centrée autour de la question de l’esclavage.
Une référence majeure à La Réunion mais le mangaka à l’habitude de faire des clins d’oeil à notre ile dans ses vignettes : « Dans Redskin, j’évoque pas mal de lieux de la Réunion, mais aussi des plats et des boissons typiques. Le héro par exemple aime boire une limonade très connue ici et dont le nom est composé de trois lettres… ».
Staark a donc su imposer son style, sa marque et le 974 dans un genre complètement asiatique à la base. Apprécié pour son talent, il est régulièrement demandé dans les manifestations organisées par et pour les « otakus », à savoir les fans de tout ce qui a trait à la culture japonaise. Il se rendra d’ailleurs à Alger en Octobre pour un salon.

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Le tome 3 de Redskin sera publié avant la fin de l’année.

 Son atelier

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« Je passe énormément de temps dans mon atelier » explique Yvan Soudy.

Quand il n’est pas à l’école, Yvan Soudy passe le plus clair de son temps dans son atelier.

Dans la vie de tous les jours, l’auteur est en effet professeur d’histoire des arts et professeur d’arts plastiques dans un collège. « Je gagne de l’argent avec le manga mais je ne peux pas dire que j’en vis complètement. Du coup pour l’instant, je garde mon métier de prof, et peut-être que j’arrêterais un jour, on verra », explique-t-il. En attendant, ce jeune homme de 32 ans, marié et père d’un petit garçon de 2 ans, passe des heures dans cet espace aménagé au sein de sa maison à Bras Panon.

« C’est ma bulle. J’y ai toutes mes figurines, mes livres, ma planche de travail. Il m’est arrivé d’y rester enfermé jusqu’à dix heures d’affilée. Aujourd’hui, c’est moins le cas parce que j’ai un collaborateur, Julien Noha, qui se charge de tous les décors, la trame. Il m’aide beaucoup, ainsi que mon éditeur Jean Luc Schneider. Grâce à eux je peux désormais me concentrer uniquement sur les dessins des personnages et sur les histoires ».

Vous pouvez retrouver toute son actualité sur les réseaux sociaux. Il sera également présent à la 2ème édition du Salon Geekali les 10 et 11 Août prochain.

Qu’est-ce que ça raconte ? Redskin est un manga de type « shonen », c’est-à-dire destiné à un public masculin âgé entre 8 et 18 ans. L’histoire est une sorte de fable écolo remplie d’aventures, de batailles et d’émotions ayant pour toile de fond la protection animale. Elle raconte qu’autrefois, les hommes et les animaux vivaient en harmonie sur leurs continents respectifs : les humains sur Asaléa et les animaux sur Utopia. Parmi les humains, il y avait les Indiens, appelés les Redskins. Ce peuple indigène servait de médiateurs entre les deux espèces. Mais suite à une catastrophe, Utopia disparu avec une grande partie des animaux et des Indiens. Aujourd’hui, Asaléa est peuplé par les humains qui vivent dans la peur des derniers animaux vivants. Afin d’en contrôler les plus dangereux, les Redskins ont développé des capacités surhumaines et tiennent un commerce florissant dans le domaine animalier. Agatho, l’un des derniers Indiens rescapés, est un Redskin pas comme les autres… la série c’est aussi son histoire. STAARK, Redskin, 2018, Des Bulles Dans l’Océan. ©Justine Soudy.



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