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Festivités

Théâtre : les talents sont là, les moyens ne suivent pas !


Le 27 mars, c’est la journée mondiale du théâtre, une journée que presque personne ne connaît, pas même Didier Ibao, dont c’est pourtant l’anniversaire. MonTicket.mag profite de cette journée pour faire un bilan du théâtre à La Réunion. En plein développement, la scène Réunionnaise craint pour son avenir, à l’heure où les finances ne suivent pas et les fractures se creusent.

« La journée mondiale du théâtre… C’est à l’initiative de l’Unesco, se souvient Lolita Monga, créatrice et actrice. Je ne pense pas que beaucoup de théâtres célèbrent cette journée aujourd’hui en France. Il me semble que c’était pour sensibiliser les citoyens à cet art vivant. C’est encore une journée de plus, il y a tant de journées mondiales ! »

Personne ne la connaît cette journée « mondiale », pas même le metteur en scène et auteur, Didier Ibao, dont c’est pourtant l’anniversaire ! À La Réunion, la scène théâtrale est dynamique, côté classique, contemporain, sans parler du théâtre d’improvisation.

« La scène se porte bien, il y a de nombreuses créations, relève Lolita Tergémina, autrice et mettrice en scène. Il y a beaucoup de comédiens, mais de moins en moins d’argent. La scène réunionnaise commence à être reconnue. On arrive à un moment où le théâtre s’est davantage démocratisé et où il y a une plus grande professionnalisation. » Cette dynamique, Didier Ibao y voit le signe d’un bon travail de formation, depuis plusieurs années « Pas mal de jeunes suivent ces cours au conservatoire ou ailleurs, il y a un vrai renouveau. » À ce dynamisme, Daniel Léocadie, acteur et auteur, précise : « le niveau monte, les exigences aussi. »

Pour Éric Lauret, humoriste, auteur et comédien : « l’ambition ce serait de sortir de La Réunion, soit avec des pièces réunionnaises qui se font connaître ailleurs, soit en jouant à l’extérieur. » Et les idées ne manquent pas. Avec sa compagnie, Didier Ibao travaille sur le Port auprès des scolaires, tandis que plusieurs pièces tournent en parallèle (voir cadre).

« Grâce au conventionnement sur trois ans avec la Drac, nous pouvons travailler sur une diffusion locale ou nationale. »

Si dynamique il y a, la fracture territoriale et sociale inquiète Lolita Monga : « On voit que la question culturelle est absente des mouvements sociaux actuels. On voit que le fossé se creuse : les inégalités sont croissantes, les activités culturelles ne peuvent se porter bien. On fait du théâtre pour qui ? C’est une cassure qui m’interpelle.

Au-delà des problèmes d’artistes, je me pose la question des moyens de retisser le lien social et de repenser des outils devenus obsolètes. » L’implantation de sa compagnie à Salazie permet à Lolita Monga de garder espoir : « ça nous aide à nous poser les bonnes questions ! »

Impossible de ne pas parler de l’apport du théâtre d’improvisation, qui participe à cette dynamique. « Il y a quinze ans, la ligue d’impro organisait une rencontre par mois, se souvient Boris Domitile, acteur et auteur. Aujourd’hui, entre la ligue et les différentes associations, il y a un événement par semaine. » Si les publics de l’impro et du théâtre classique ne sont pas toujours les mêmes, les ponts eux existent

pour les acteurs, qui passent ensuite au théâtre ou dans l’audiovisuel. Daniel Léocadie, Eddy Grondin, Stéphane Payet, Éric Lauret ou encore Guillaume Bègue sont autant de pratiquants du théâtre d’impro.

« L’impro donne une agilité corporelle, explique Daniel Léocadie. Ça aide pour être à l’écoute de ses partenaires. »

Une des raisons du succès de l’improvisation, c’est aussi son coût. « Il y a peu d’argent dans l’impro, car ça fonctionne beaucoup au chapeau », explique Éric Lauret en rappelant que le genre mêle souvent les amateurs et les professionnels. Et l’argent aujourd’hui, c’est le point noir du théâtre à La Réunion. « Il faut qu’on fasse souvent mieux avec moins, 

explique Daniel Léocadie, du coup, on se retrouve souvent avec deux ou trois acteurs sur scène. Au-delà de trois comédiens, les fonds publics ne suffisent plus. »

Dire que le monde de la culture est inquiet des baisses annoncées sur le budget régional est un euphémisme. Du côté du théâtre, ce sont des créations qui pourraient être concernées. « Avec le budget annoncé, je ne serais pas en 

mesure de créer de nouvelles oeuvres en 2020 et 2021, explique Lolita Tergémina. Nous serons obligés de tourner avec ce qui a déjà été financé. »

De son côté Lolita Monga rappelle que « le président s’est engagé, par écrit, de réinscrire au budget supplémentaire, les subventions amputées. Si ce n’est pas le cas, nous aurons, comme toutes les compagnies à gérer une situation difficile. »

Ce que nous aurions pu voir en mars-avril ? ☹️


- Le 19 mars au Séchoir, à 18h (dans le cadre d’Allons z’enfants) : « Zanaar » de la compagnie Karambolaz.
- Le 28 mars, à 16h30 au théâtre sous les Arbres : la Kompani Ibao et la compagnie Karambolaz proposent « Kapor : lo Satmalyon lilèt Totor » avec Éric Lauret et Alexandrine Savoury.
- Le 31 mars, 9h30 et 13h30 au Théâtre du Grand Marché : « Conte-moi de Lisle » de la Kompani Ibao
- La Nuit de l’impro : les 9 et 10 avril, à 18h à La Cité des arts. - La compagnie Lolita Monga sera les 16,17, 18 et 20 avril au théâtre Les Bambous à Saint-Benoît pour « Des Ravines / Une histoire d’une île ».
- Le 28 avril, à 19h, au théâtre du Grand Marché : « Bal Bitim èk Orkès oté dalon ! » Kompani Ibao
- Le 30 avril, à la Cité des Arts : découvrez la version Créole des « Jeux de l’amour et du hasard de Marivaux » : « Kan lamour ek lo hazar i zoué avec », avec Lolita Tergémina et Daniel Léocadie.

©DR



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